de l’album Shut Up And Dance
« Bouclez-la et dansez. » Difficile d’obtempérer à cette double injonction par écrit. La première, on a hésité. Fatigué à chaque nouveau disque de l’Orchestre national de jazz de remuer, depuis 1986, la question de cette institution mobile, avec ses chefs successifs, ses musiciens amovibles, ses disques qui ne se ressemblent pas et, parfois, ne ressemblent à rien. Evacuons. Appliquons la consigne de Boris Vian pour ses chroniques de jazz : informer, décrire sans juger. Shut up and dance est le deuxième album de l’ONJ sous la direction de Daniel Yvinec, musicien qui a été choisi pour animer des projets novateurs, les penser et les réaliser comme le ferait un producteur. Conçu autour de Robert Wyatt, le premier orchestrait des chansons de l’ancien batteur de Soft Machine. Des voix, dont celle de Wyatt lui-même, y contribuaient. Le disque a eu plus de succès à l’étranger qu’en France. Bon pour la culture en export.
Shut up and dance double la mise pour l’orchestre en divisant ses chances en deux : pas de voix, dix pièces réparties sur deux CD, chacune consacrée à un des musiciens qui forment l’actuel ONJ. Compositions donc en forme de mini-concertos pour saxophone alto, trompette, guitare et cætera, dont le lointain ancêtre pourrait être le Concerto for Cootie, de Duke Ellington. L’auteur, travaillant en dialogue avec Yvinec, est John Hollenbeck, jeune chef d’orchestre américain couronné par des Grammy Awards. Intéressant travail dans le répétitif et les couleurs sonores qui font bouger l’espace. Les solistes sont bien d’aujourd’hui : pas d’invention mélodique, beaucoup d’arpèges insolites, mouvementés. Ça se laisse parfaitement écouter en dansant seul, un casque sur les oreilles. Le dernier morceau, Power of water, sur une cadence de sept accords, peut même tourner à l’obsession.
Michel Contat – Telerama n° 3169 – 09 octobre 2010
http://www.1cdparjour.com/jazz/mp3-ja...nniel-orchestre-national-de-jazz.html
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